Marc Moreau, ph. M. Lidvac

Peu d’artistes sont capables de rendre, en une simple variation, toute l’atmosphère d’un ballet, de nous faire ressentir, en moins de deux minutes, une émotion, un style juste, une intelligence et un parti pris. C’est ce qui fait la grande difficulté de cet exercice, a fortiori lors d’un concours, où se joue la suite d’une carrière. Cette année encore, le jury a été sensible à cette faculté rare d’émouvoir, en si peu de temps, un public conquis d’avance. Voilà de quoi nous réconcilier avec ce concours si j’en juge les inévitables commentaires des professionnels à la sortie, finalement très proches du classement final. Le public très averti voit ainsi la notion de concours disparaître au profit de l’émotion, oublie les notes, le classement, devant l’engagement des danseurs à nous faire voyager.
Au cours de ces deux journées, quelques danseurs nous ont donc émus, au-delà de la simple performance technique. C’est le cas d’Andrea Sarri, nouveau venu dans le corps de ballet, qui possède déjà une amplitude, une musicalité, une intelligence du corps qui sur scène, fait la différence, mais aussi Léo de Busserolles qui dans la variation de James de Pierre Lacotte, confirme son élégance naturelle et son sens de la mesure. Giorgio Fourès, quant à lui brille dans la variation de Solor, tandis que Chun-Wing Lam nous démontre que lorsque le mouvement est ressenti, il est inutile d’en faire trop et que la simplicité, lorsqu’elle est habitée, se suffit à elle-même. Chez les Coryphées, Antoine Kirscher excelle dans la subtile variation du danseur en brun de Dances at the Gathering. Tout paraît facile, aller de soi, sans effort, mais avec tout le savoir et la maturité d’un véritable artiste. Simon le Borgne nous touche par son amplitude et sa technique brillante et Axel Magliano, dans la difficile variation lente du lac des Cygnes, nous démontre sa capacité à nous faire voyager dans son monde dès son entrée sur scène. La classe des sujets est plus décevante, et Marc Moreau accède au titre de premier danseur, choix judicieux de l’expérience et du métier sur scène.

Marc Moreau, ph. M. Lidvac

Le lendemain, la classe des Quadrilles femmes nous réserve encore de belles surprises. Victoire Anquetil est lumineuse, dans la variation de l’acte III de Kitri. Elle a fait un beau parcours depuis le conservatoire régional de Paris. Elle est épanouie, précise dans sa technique et accède logiquement au rang de Coryphée. Naïs Dubosq est un modèle d’élégance dans Grand Pas Classique, tandis que Hohyun Kang, dans la variation imposée, fait preuve d’une belle présence, d’une très belle palette de nuances, d’un véritable engagement sur le plan musical. Chez les Coryphées, Bianca Scudamore survole le concours dans ses deux variations. Elle est sur l’économie de l’effort, parvient à rendre visible une variation de Bourmeister qui dispose de peu d’attrait, et grâce à son intelligence du mouvement, ses qualités de délié, nous enchante dans la variation du printemps de Robbins. La concurrence est rude dans la classe des sujets, où deux postes de première danseuse sont à pourvoir. C’est finalement Marion Barbeau qui logiquement l’emporte, ainsi qu’Héloïse Bourdon qui voit enfin ses efforts récompensés. En se présentant dans une variation de Rosella Hightower que l’on voit peu dans les concours de par sa grande difficulté, Marion Barbeau réalise un défi à la pesanteur, arrête de temps, sans aucune force, suspendue, autant que le public, à cet instant poétique.

Héloïse Bourdon, ph. M. Lidvac

Beaucoup d’artistes, au sens noble du terme, ont été consacrés lors de ce concours, ce qui est un gage de satisfaction pour nous, public, qui attendons avec impatience de les voir sur scène au cours des prochaines saisons. C’est aussi une rencontre incontournable pour les professionnels qui peuvent ainsi se ressourcer et s’inspirer de cette belle Ecole française dont l’Opéra de Paris est le formidable porte-voix. Jérôme Frilley

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