C’est bien la première fois qu’Anne Teresa De Keersmaeker acceptait de transmettre une de ses pièces à une autre compagnie que la sienne et ce fut “Rain”. Pièce éblouissante, terriblement complexe, horriblement difficile pour des danseurs qui ne travaillent pas quotidiennement avec la chorégraphe. Il fallait du courage pour relever un défi comme celui-là et les danseurs de l’Opéra ont été à la hauteur de cet enjeu. “Rain”, création sur “Music for 18 Musicians” de Steve Reich, avec sa trame faussement répétitive, est une construction diabolique en onze séquences où les phrases chorégraphiques s’enroulent et se déroulent à toute vitesse, où les motifs dansés s’enlacent et s’embrassent, à l’endroit, à l’envers, en miroir, propulsant les danseurs dans l’espace comme autant de corps célestes lancés dans une course folle.
Dans une scénographie lumineuse pensée par Jan Versweyveld, faite de fils délimitant un espace semi-circulaire et une progression chromatique qui s’accorde aux costumes créés par Dries Van Noten, les dix danseurs de l’Opéra ont su s’envoler et se précipiter dans les pas d’Anne Teresa avec cette précision du geste et cette rigueur, marque de fabrique de la Maison. Miteki Kudo y brilla d’ailleurs de manière époustouflante. Sans doute ne savent-ils pas se lâcher aussi sauvagement que les danseurs de Rosas… Mais après tout, pourquoi tout le monde devrait-il danser pareil ?
Agnès Izrine
Paris/Opéra Garnier
© A. Poupeney/Ballet de l'Opéra de Paris
| < Précédent | Suivant > |
|---|




