// Magazine 308
ÉDITO 308Pina, le film de Wim Wenders, pose pour la première fois un nouveau rapport de la danse à sa mémoire. Réalisé par le cinéaste après le décès de la chorégraphe, ni documentaire, ni captation, Pina est une sorte de “chorégrafiction” d’autant plus singulière que l’utilisation du procédé 3D plonge littéralement le spectateur dans un autre rapport au corps dansant que celui d’une représentation. Et d’une certaine façon, c’est bien de la décomposition de ce mot en termes de présent ou de présence, voire de présentification, dont il s’agit, avec son préfixe “re” qui suppose un effet d’après coup ou la répétition d’un événement originel. C’est donc bien de toute la question fondamentale de la danse dont il est question ici, jusque-là art de la présence et de la disparition, de la trace qui s’inscrit dans l’instant et ne reviendra plus – en tout cas plus pareil. Or le support filmique implique la reprise aussi souvent qu’il sera regardé, à l’identique, de la matière chorégraphique elle-même, confrontée à un présent éternel. Quel effet cela aura-t-il sur la manière de considérer la danse dans le futur, nul ne saurait le dire aujourd’hui. Mais il est certain qu’il modifie d’ores et déjà la façon d’appréhender le répertoire chorégraphique et ses corollaires : la conservation d’une œuvre, sa transmission et son rapport aux interprètes tels qu’on pouvait les penser avant ce film, et dont notre article page 52 rend également compte dans ce numéro spécial. Reste que diffuser la danse dans les salles de cinéma, pour le plus grand nombre, est, pour l’art chorégraphique, une des avancées les plus significatives qui contribuera certainement à sa popularisation, et à laquelle Danser, en ayant créé le Club de l’Etoile, participe à sa manière.
Agnès Izrine
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