Éditorial du numéro 306

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Black Swan, film fantastique qui, peut-être, prend la danse comme prétexte, pose pourtant, à sa manière, les deux questions essentielles du danseur – celle du contrôle et celle de l'interprétation. La première a trait à la performance physique liée à un domaine artistique : c'est le réglage, la maîtrise corporelle qui va, par sa précision, permettre la plus grande qualité de mouvement, son acuité, celle qui va donner toute son expressivité au geste. Bien sûr, d'autres artistes, notamment les musiciens, sont confrontés à cette forme d'instrumentation du corps. Ils doivent également compter sur un geste (et une oreille !) affûtés pour développer leur virtuosité ou leur justesse, mais seuls les danseurs exposent la totalité de leur corps et finalement de leur être à cette curieuse transmutation qui les transforme, par le mouvement, d'homme ou de femme ordinaire en... signes (é)mouvants ! Une question de hasard et de millimètres. Ce qui nous amène à la question de l'interprétation propre au danseur. Soit, comment, tout en étant lui-même, il atteint son plus haut degré d'absence à lui-même, car, on le sait bien, le danseur n'est jamais si présent que lorsqu'il déserte son égo. Mais que devient-il alors, cet être bizarre qui a un corps plus qu'il n'en est un et qui s'applique à le dompter comme d'autres un animal ?C'est pourquoi le danseur sera toujours cet être étrange et inconnu, ni tout à fait lui-même, ni tout à fait un autre, ni ange ni bête, mais comme une lointaine survivance de ces créatures ou chimères qui savent conjuguer à l'infaillibilité du geste de l'animal les doutes et les troubles de l'âme humaine...

Agnès Izrine

Sommaire du numéro 306


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Edito 306

Black Swan, film fantastique qui, peut-être, prend la danse comme prétexte, pose pourtant, à sa manière, les deux questions essentielles du danseur – celle du contrôle et celle de l'interprétation. La première a trait à la performance physique liée à un domaine artistique : c'est le réglage, la maîtrise corporelle qui va, par sa précision, permettre la plus grande qualité de mouvement, son acuité, celle qui va donner toute son expressivité au geste. Bien sûr, d'autres artistes, notamment les musiciens, sont confrontés à cette forme d'instrumentation du corps. Ils doivent également compter sur un geste (et une oreille !) affûtés pour développer leur virtuosité ou leur justesse, mais seuls les danseurs exposent la totalité de leur corps et finalement de leur être à cette curieuse transmutation qui les transforme, par le mouvement, d'homme ou de femme ordinaire en... signes (é)mouvants ! Une question de hasard et de millimètres. Ce qui nous amène à la question de l'interprétation propre au danseur. Soit, comment, tout en étant lui-même, il atteint son plus haut degré d'absence à lui-même, car, on le sait bien, le danseur n'est jamais si présent que lorsqu'il déserte son égo. Mais que devient-il alors, cet être bizarre qui a un corps plus qu'il n'en est un et qui s'applique à le dompter comme d'autres un animal ?C'est pourquoi le danseur sera toujours cet être étrange et inconnu, ni tout à fait lui-même, ni tout à fait un autre, ni ange ni bête, mais comme une lointaine survivance de ces créatures ou chimères qui savent conjuguer à l'infaillibilité du geste de l'animal les doutes et les troubles de l'âme humaine...

Agnès Izrine

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