Éditorial du numéro 304

couverture du numéro 304

On pourrait-être tenté de sourire en examinant la "short list" des candidats retenus à la succession de Maguy Marin à Rillieux-la-Pape : Nacera Belaza, Mathurin Bolze, Abou Lagraa, Mourad Merzouki, Yuval Pick et Rachid Ouramdane. Cela a un petit air de "discrimination positive" en diable et l'on peut même se demander si les élus n'ont pas en tête un schéma un peu simple du type banlieue = jeunes issus de l'immigration. On remarquera, dans cette liste, que c'est bien leur seul point commun car, quant au style et au "profil" de chacun, il existe un monde entre Nacera Belaza et Abou Lagraa, entre Mourad Merzouki et Rachid Ouramdane... Outre l'aspect discriminatoire – même positif – d'une telle équation, on peut aussi pousser plus loin l'interrogation. Les chorégraphes très en vue et susceptibles d'être candidats à la direction d'un CCN n'auraient-ils pas le même type de réflexe ? Autrement dit, n'ont-ils pas le courage d'une Maguy Marin pour se colleter un CCN en zone suburbaine ? Entendent-ils “banlieue” comme mise au ban du lieu ou du milieu ? Faut-il, à l'instar de certaines programmations de théâtres de la périphérie, essayer de mettre sur scène un reflet fidèle des goûts innés et supposés des spectateurs ? Ou de leurs origines tout aussi supposées ? Soit : à la banlieue, le hip-hop et, à la ville, Maguy Marin, par exemple ? Cela donne lieu à des non-sens savoureux comme cette salle (de banlieue, bien sûr) qui, ayant programmé un lot de compagnies "africaines" tout ce qu'il y a de plus contemporaines, s'est crue obligée de créer une affiche avec un Africain torse nu. Tout cela reviendrait à renoncer définitivement à toute perspective d'ouverture culturelle, pourtant fort nécessaire. Heureusement, on a encore des contre-exemples avec des directeurs de théâtres ou de festivals qui s'emploient à mixer les genres ou à proposer des spectacles réputés "difficiles" quitte à leur adjoindre des actions dites de sensibilisation... on a vu Kader Attou s'installer à La Rochelle... Ce serait dommage d'en arriver à des réflexes de chapelle en matière chorégraphique. Et puisque l'on parle de discrimination positive, on remarquera au passage que seule une femme figure dans cette longue "short list".

Agnès Izrine

Sommaire du numéro 304


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Edito 304

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